Dark Dandy's profileDark DandyBlogLists Tools Help

Blog


    February 07

    Glass walls of limbo

    Ma vie se résume à deux pages web. Je n'ai nulle part où aller.

    Quoi que je fasse, c'est mal interprété. Quoi qu'il arrive, je suis responsable. Ou j'en paye les conséquences.

    Est-ce à dessein? Tout me porte à y croire quand tout concoure à m'enfoncer plus profondément dans ma tête. Chaque initiative, chaque pas vers la sortie du Dédale n'est qu'une illusion, car ce labyrinthe a des murs de verre où je vois la communication mise en scène. Je suis entre les murs de verre des limbes.

    La surcommunication, l'inanité des messages, les bruits des téléphones, les claquements des claviers, le babillage infini, les pleurs, les rires, les cris, les chuchotements, tout ceci peut se résumer à un seul mot: ping.

    Envoi d'une requête ping sur 192.168.0.2 avec 10 octets de données : « J'existe ? »
    Réponse : 10 octets : « Tu existes » temps<3min
    Réponse : 10 octets : « Tu existes » temps<8min
    Délai d'attente de la demande dépassée
    Réponse : 10 octets : « Tu existes » temps<5min
    Statistiques envoyés 4, reçus 3. Tu existes à 75%

    Quant à moi, murs de verres, murs de feu, c'est pareil. Tout ce gaspillage de bande passante me rapproche inexorablement de Minotaure. De toute façon, à quoi bon m'exprimer? Je sais déjà que je m'enfoncerai encore. Et puis Mallarmé le fait mieux que moi:

    L’inanité des choses terrestres.
    Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
    Aboli bibelot d’inanité sonore,
    (Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
    Avec ce seul objet dont le Néant s'honore)
    November 09

    L'étrangère

    J'étais venu me réchauffer au sein de tes chairs. Mais je n'ai vu qu'une montagne d'atomes éphémères. Tes parfums peinent à masquer l'odeur de ta deliquescence. Ta chevelure annonce ton devenir; tu n'en as pas conscience. Ton ventre est gros d'un feu-follet à venir.
     
    Tu as trente ans et tu prétends que ta vie sera toujours celle d'hier. Tu as trente ans et tu te crois toujours éternelle. Tes appâts sont bien là, mais le fruit encore vert hier a muri, trop muri. Tu as trente ans et tu prétends encore vouloir glaner les délices de tes parterres. Par quel miracle prends-tu les chardons de ton jardin pour les roses d'hier? Il faut être bien aveugle pour en confondre les épines, ou pour ignorer que les murets de ton enclos sont désormais des précipices.
     
    Tu ne le sens pas? Ton dos déjà raide, tes genoux douloureux, tes mains calleuses? Comment peux-tu prétendre que la nuit ne t'a pas laissé de sequelles?
     
    February 22

    Echoes

    The echo of distant time
    Comes willowing across the sand
    And everything is green and submarine
     
    Bon Dieu, tu ne crois pas si bien dire.
     
    Cette phrase est peut être fondatrice de l'esthétique de la désolation. Gravée dans mon inconscient depuis... 12 ans déjà. Il m'a fallu douze ans pour me souvenir. Douze ans pour construire autour de cette phrase a peine entendue un dimanche pluvieux à Brighton la justification de mon état maniaco-dépressif.
    L'esthétique de la désolation, ce n'est rien. Rien d'autre que la conscience de la vanité du monde et de l'être humain. Mais c'est aussi la conscience de l'animalité fondamentale de celui qui se prétend maître de la création. Et l'envie de jouir, jouir de cette trame en lambeaux d'instants qui nous mène vers l'apocalypse.
    La laideur est belle dans ce qu'elle renvoie à qui la regarde. Vos réactions face à la laideur en apprenne plus sur vous que tous les masques et les paravents dont vous cachez votre vide constitutif.
    Oh toi Homme, mon frère Caïn, je ne te dirai pas encore une fois que tu m'insupportes. Je ne te dirais pas que je te hais. Tu es aveugle, sourd, inconscient et amnésique. Mais je prie tous les jours pour que tu sois face à toi même. Car je le sais, il y a des limites à ta tolérance. Et un jour tout ce que tu as refoulé te reviendras, d'un seul coup. Ton cervelet éclatera en milliers de fragments prismatiques qui te renverront ton image. Et là, face à cent milles preuves de ta fatuité que tu ne pourras ignorer, tu t'effondreras. Et moi, trop con qui n'ai d'autre choix que de t'aimer, au lieu de te pisser à la raie pour finir de dissoudre l'argile qui englobe ton vide...
    Je ne sais pas ce que je ferais. Peut être finirai-je de te faire imploser en gonflant ton néant par la culpabilité qui a eu raison de toi? Peut-être essaierai-je de te soulager? Peut-être t'éduquerai-je?
    Oui, c'est ça je te ferai apprendre ta leçon. Tu sauras enfin quelles sont tes tares, tes milliers de lachetés. Tu sauras enfin à quel point te détester. Et tu mourras enfin, avec la plus grande gratitude car tu auras compris que tu n'as pas le droit de vivre.
    Je t'aime mon frère.
    February 20

    Mémoires d'un...

    Elle était là, au fond de la salle. Quelconque, ni trop maigre ni trop grasse, point trop sportive: un parfait animal de boucherie. Elle me regardait avec un regard bovin qui en disait long comme sa mini-jupe sur son éventuelle intelligence. Elle se voulait aguicheuse, tortillant ses formes inexpressives dans l'espoir d'éveiller mon intérêt. Elle avait réussi cela dit. Je ne pouvais me permettre d'ignorer cette idiote judicieusement placée sur mon chemin. Mais je feignais l'ignorance. Pour la tester. Pour savoir à quel point elle pouvait s'avilir avant de passer à autre chose. Apparemment, mon charme (ou ma notoriété, ou mon argent, allez savoir) devait être énorme ce soir là, a tel point qu'elle est venu s'installer à ma table. Son audace, alliée à sa bêtise manifeste commençait à me plaire.
    Ma réputation m'avait précédée, et après avoir échangé les paroles insignifiantes que peuvent se dire deux homo sapiens en rut, elle s'est levée pour aller chercher les boissons. Elle m'a ramené un gin tonic. Cette idiote s'est trahie, elle devait m'observer depuis quelques semaines déjà pour savoir que c est une de mes boissons préférée. Feignant l'intérêt le plus vif pour le babil de cet être, je jubilais intérieurement. On va faire de grandes choses toi et moi pensais-je.
    Le reste de la soirée fut tout aussi pathétique. Elle n'avait aucun avis et passait son temps à ajuster son propos en fonction du mien. Elle devait vraiment avoir envie de se faire ce que je passais pour être. Elle ajoutait l'outrecuidance à la bêtise: intéressant.
    Le premier soir, elle était déjà attachée dans une position qui aurait pu laisser passer un rai de lumière au travers de son fondement si elle avait eu le loisir d'ouvrir la bouche.
     
    Elle a eu tort de prendre pour un jeu quelque chose de très sérieux. J'ai facilement pris l'ascendant sur elle et à chaque séance, je l'emmenais plus loin dans la renonciation de son individualité. J'attendais qu'elle soit mure. J'ai fait sauter un à un tous les verrous placés par des années de bourrage de crane. Comment pouvait elle prétendre au statut d'être humain, elle qui cherchait à tout prix un moyen d'exister dans la consommation indifférenciée de biens ou de personnes? Comment pouvait elle espérer la moindre compassion, la moindre douceur de ma part. Elle voulait accrocher, au figuré, un nouveau trophée à son mur. Elle était désormais attachée, au propre, au montant du lit d'un hôtel aussi sordide que le vide qui séparait ses oreilles.
     
    Au terme d'une séance particulièrement difficile (pour elle), j'ai vu dans son regard qu'elle avait compris. Elle était effondrée, en pleurs, sans résistance. Elle avait accepté de n'être rien. Elle avait peur. Peur de ce qu'elle n'avait pas découvert au fond d'elle-même.
     
    Elle était à point. Je jouais ma dernière carte.
     
    Pour la première fois depuis notre rencontre, nous fîmes ce qui pouvait s'apparenter à l'amour chez mes congénères. Elle était surprise par tant de douceur et tant de tendresse, et d'empressement aussi. Je l'avais vite détachée et j'avais bien pris garde dans ma précipitation de ne pas lui ôter son bâillon.
    Au moment où j'ai commencé à sentir ses tressautements caractéristiques autour de moi, j'ai ralenti. Je lui ai sourit. Elle semblait heureuse, rassurée. J'ai doucement approché mes lèvres de son cou.
     
    Et j'ai mordu. Si fort que le sang a jailli à gros bouillon de sa carotide. Je fus pris d'un fou rire. D'habitude c'est en boudin qu'on consomme le sang. Là je consommais le sang d'un boudin.
    Je l'ai entièrement mangée, merci à l'inventeur du congélateur. Crue, cuite, saignante, à point suivant mon humeur et les morceaux. Ses ailes étaient délicieuses, ses jambons beaucoup moins: le cuir en était par trop tanné. Je pourrais vous faire l'inventaire des morceaux mais ce serait fastidieux.
     
    On dit que l'humain à le goût de porc. Je ne sais pas, mais j'aurais préféré un steak de cheval.
     
    Ainsi s'achèvent les mémoires d'un anthropophage.
    November 20

    Cosmogonie

    La guerre est terminée. Les Ménapes n'ont pas mis longtemps à sentir le vent tourner et ont voulu se garantir une part du gateau. J'ai quitte la cité des Atrébates en flamme pour me réfugier sur ma terre le long de la frontière avec les Atuatuques. Après tant de pertes et de déceptions je pensais que les joies simples de l'agriculture me feraient certainement du bien.
    Mais comme d'habitude, je me berçais d'illusions, je n'avais pas mis les pieds sur mon domaine depuis cinq ans, et mon intendant avait pris ses aises. Je ne lui en veux pas, c'est bien normal. Toutefois, ceci ajoutait à mon sentiment de déracinement. Je ne m'étais jamais senti chez moi là-bas. Cette terre m'appartenait, mais je ne lui appartenais pas. Je ne reconnaissais plus du tout ma villa, les meubles, la décoration, tout avait été chambardé. L'intendant avait pris de nouveaux esclaves qui ne me reconnaissaient pas. J'étais seul, à errer parmi mes quelques mur, profitant des bains et de quelques livres.
    Mes rêves, comme mes périodes de veille étaient hantés par le regard goulu et vide de celui qui avait été mon seul lien avec mon peuple pendant tout ce temps. J'aurais pu lui en vouloir de m'avoir menti depuis le départ, mais je pense sincérement qu'il s'est pris à son propre jeux. Je reste persuadé que son silence n'avait pas pour but de me perdre et que si il m'a déçu, il n'était pas vraiment responsable. Ces yeux qui me suivaient partout n'étaient que le reflet de ma culpabilité, celle de n'avoir pas su détecter le danger, et celle de n'avoir pu le tirer de là.
    Mon domaine n'est pas très loin du foyer ou nous nous étions rencontré. J'ai donc décidé de reprendre mon enquête depuis le départ. Après tout, si mes chefs n'avaient pas su voir la nécessité d'agir, je connaissais pour ma part la dangerosité du vide de Séquana et j'aurais été criminel de ne pas agir. Je prévins mon intendant que je repartais en mission. Son petit sourire en coin à l'annonce de cette nouvelle lui a été fatal. J'ai pris la scramasaxe qui pendait à ma ceinture, et d'un coup net et précis, je lui ai fendu le crane. C'est étrange à quel point le regard étonné qu'il a eu s'est vite effacé pour laisser place au regard vide et aimanté des adeptes du vide. Mais qui est plus proche du vide qu'un mort?
    J'ai nommé son bouc émissaire à sa place, et me suis mis en route. A quelques milles romains du foyer des germains, j'ai trouvé un endroit calme et discret où j'ai pu me grimer. J'ai été surpris de la sensation que me procurèrent ces vêtements. Leurs braies étroites d'un tissu très fin, les très hautes bottes et la lourde peau sur mes épaules me firent l'effet d'une cuirasse. C'était bon de sentir les automatismes revenir, les concepts se former dans leur langue,le maintien se raidir, etc... Redevenir l'un des leurs ne me prit que quelques minutes.
    Les dernières minutes de ma chevauchée furent assez angoissantes. Les esclaves qui jusqu'alors n'avait jamais posé de problèmes me regardèrent avec colère. J'ai vraiment eu peur qu'il s'en prennent à moi car, même si ils n'étaient pas armés, je n'aurais pas pu faire face seul à un si grand nombre. Je forçais l'allure pour arriver chez ceux qui étaient désormais les miens.
    La colonie avait pris de l'importance. Des quelques dizaines qu'ils étaient lors de mon départ, ils étaient désormais une bonne centaine. Des regards méfiants se posérent sur moi, mais toute animosité cessa quand je m'enquis de Clarkash, le prêtre qui nous avait révélé l'existence du culte du vide de Sequana.
    Le vieil homme me reconnut aussitôt, sembla prendre peur un instant puis se radoucit rapidement. Il me fit entrer dans sa hutte et commença par les banalités des gens qui ne sont pas vu depuis longtemps. Je coupais court à ces fadaises. Il était grand temps qu'il m'expliquât la cosmogonie de son peuple.
     
    Bon, la fin dans une prochaine modification
    November 19

    La Horde

    Nous étions deux explorateurs de la bassesse humaine, l'un du pays des Viromanduens, l'autre (en l'occurence moi-même) du pays des Atrébates. Nos recherches nous ont amené à nous rencontrer il y a longtemps, sur la frontière entre Atrébates, Nerviens et Ménapes. Il y avait là-bas un foyer assez étrange qui correspondait tout à fait à nos goûts en matière d'études: une tribu germanique du sud dont les moeurs nous parurent étranges, quoi que tout à fait particulières et intéressantes. Nous nous fîmes à leurs coutûmes essayant de s'intégrer au mieux afin qu'ils vivent avec nous comme ils l'ont toujours fait entre eux: nous devions les étudier et les comprendre afin de déterminer si ils étaient une menace pour nos tribus respectives.
    Si on m'avait posé la question à l'époque, j'aurais trouvé l'expèrience tout à fait concluante. Nous faisions parti des leurs, partageants leur quotidien et leurs rituels. Nous avions appris leur langue et leur codes, a tel point que les nouveaux venus de cette tribu ne nous remarquaient pas et que les anciens pensaient que nous étions parmi eux de toute éternité.
    Cet état de fait à grandement facilité nos recherches. Nous avons appris que cette tribu qui nous semblait isolée était en fait une des nombreuses communautés qui couvraient toute la Gaule, essaimant et se fixant partout où leur présence était tolérée. Sur les conseils des anciens, nous avons visité beaucoup de ces foyers. Notre périple nous mena ches les Ménapes, les Eburons, les Bataves et même en Transalpine. Nous avons appris là-bas que leur expansion était bien plus avancée que ce que je croyais. Il y avait des foyers chez les Trinovantes, les Médiomatriques, les Redons et  les Nitiobroges, pour ne citer que les plus importants. Ce qui m'a alarmé, c'est que nos Germains étaient quasiment absents des territoires des grandes tribus: les Bellovaques, les Rèmes, les Vénètes, les Carnutes, les Eduens, les Séquanes et les Arvernes semblaient épargnés.
    Au bout d'un an, j'avais tous les éléments pour rendre mon rapport. Cette tribu était effectivement dangereuse, malgré son apparence inofensive et soumise. Sa dangerosité était dûe, à mon sens, à sa capacité d'essaimer et de s'implanter partout, formant un réseau discret mais extrêmement actif. Tous ces foyers étaient en relation les uns avec les autres, malgré l'éloignement. J'ai donc préconisé qu'on les surveillât de près, quitte à ce que mon collègue et moi-même formions des espions afin qu'ils se fondent parmi cette tribu sans terre.
    Mais pris par son perfectionnisme, celui qui était devenu mon ami au cours de nos pérégrinations voulait continuer sa recherche. Il avait des contacts de la part du foyer peuplant cette petite tribu entre les Meldes, les Sénons, les Eburovices et les Véliocasses.
    Les discussions furent assez animées entre nous. Je ne comprenais pas son obstination à vouloir à tout pris visiter cette dernière tribu. Nous étions fixé sur la dangerosité et la nuisance potentielle qu'ils pouvaient amener dans notre pays qui se débattait déjà dans ses luttes intestines. Notre travail était fini. Il était temps d'agir.
    Il finit par me donner les raisons de son obstination. Ce dernier foyer était un des centre les plus importants de leur culte. Cette information était capitale. Lors de nos voyages, nous avions glané trop peu de renseignements relatifs à un quelconque culte qui aurait pu expliquer la cohésion de ce groupe malgré la distance. Il était évident qu'ils avaient d'autre lien qu'un passé commun et que le commerce. Il avait trouvé le lien. 
    L'enthousiasme d'une découverte aussi importante me fit oublier ma prudence. J'aurais du me demander comment mon ami avait obtenu cette information, pourquoi il me l'avait caché jusqu'alors. J'aurais du remarquer ses yeux brillants d'une autre lueur que celle de la volonté de savoir quand il m'a donné les éléments monstrueux de ce culte. Leur religion semblait de prime abord polythéiste. C'est d'ailleurs celà qui m'a fait oublié la religion comme élément de cohésion. Mais toutes ces divinités tiennent leurs pouvoirs d'un élément central et précurseur qu'il est difficile de comprendre. En quelque sorte, ces Germains adorent le vide. Mais un vide pervers. Ces gens auraient pu être de sympathiques nihilistes comme j'en ai parfois rencontré lors de mes études. Mais ce vide se veut expansionniste, missionnaire. Il n'est rasasié que de lui-même et exige d'être présent au sein même de ses fidèles. Pour ce faire, les prètres de ce culte ont un méthode bien particulière. La conversion ne se fait pas, chez eux, par le rejet des anciennes croyances et l'adhésion totale à la nouvelle au moyen d'un rituel ponctuel et précis. Ils utilisent une méthode basée sur la persuasion de la préexistence de leur dieu et le font ressentir à l'intérieur des futurs adeptes. Un lavage de cerveau en quelque sorte.
    J'avais pleine confiance en les capacités de mon ami. Après tout, il avait vu autant de choses que moi et avait toujours su mettre la distance nécessaire entre lui et ses sujets d'étude. Je m'attendais juste à assister à une cérémonie passionante qui m'aurait permis, enfin, de comprendre l'essence même de la tribu que nous avions passé un an à étudier.
    Arrivés sur place, tout me semblait étrange. Nous avons eu beaucoup plus de mal à nous intégrer que d'habitude. Il faut dire que nous arrivions directement du foyer des Nerviens qui, proche de celui des Atrébates, nous avait accueillis à bras ouverts. Ce foyer semblait beaucoup plus complexe et secret que tous les autres. Néanmoins, nos connaissances de leur mode de vie et l'amitié des chefs des divers foyers de Gaule nous permit, au bout de quelque temps de nous joindre à eux. Toutefois, j'ai senti une méfiance qui m'a fait comprendre que nous ne serions jamais vraiment des leurs. Ce sentiment n'était pas partagé, et mon ami s'intégra aussi naturellement qu'avant, bien que moins rapidement.
    J'avais hâte de mêler à leurs cérémonies, d'autant plus que nous apprîmes que nous arrivions à un moment extrêmement important de leur calendrier liturgique. Leur hostilité s'expliquait enfin, mais les prêtres nous ont sondés et ont fini par nous juger aptes à participer à leur culte.
    Le moment approchait, nous fûmes conduits dans des catacombes. Loin sous la terre, la chaleur moite et les fumées d'encens me mettaient dans d'agréables disposition. Il y avait quelque chose de très foetal dans cette ambiance: la douce chaleur, un ronronnement assourdi, des voix qui me parvenaient de sources que je ne pouvais identifier. Puis le bruit se fit plus précis, un rythme doux et hypnotique montait d'un boyaux situé devant nous, l'odeur doucereuse de l'encens se fit plus présente, quasiment suffocante, mais je me sentais trop bien pour y prêter beaucoup d'attention. De la lumière enfin au bout du tunnel, la musique lancinante d'une flute parvint à mes oreilles. Le couloir baignait dans une douce lueur orangée, la flute très dissonante me procurait une impression diffuse d'angoisse compensée par la chaleur et la lumière douce (paradoxe assez naturel si cette cérémonie avait l'importance dont nous avait fait part les prêtres). La psalmodie des fidèles se fit plus précise et j'avais beau parler parfaitement leur langue, je n'en retrouvais pas le rythme ni les sonorités habituelles. Le tunnel aboutissait sur un escalier de pierre. Nous arrivions au temple. Je fus abasourdi. Nous étions dans un dôme bien plus grand que le Colysée de Rome, la muraille, à mi-hauteur, était percée d'une multitude de portes d'où partaient des escaliers de pierre courants le long du dôme. Au centre tronait un monolithe noir qui aurait fait passer le Colosse de Rhodes pour un nain.
    De mon "belvédère" je vis une foule innombrable. Cette horde tournait lentement autour du monolithe formant un motif complexe et étrange qui, bien qu'apparenté à l'Orobouros, avait une apparence menaçante et malsaine incompréhensible. Cette ronde était tout bonnement impossible. Les entrelacs qui se dessinaient étaient irréalisables mais revenaient avec un rythme long et compliqué.
    Nous descendimes les degrès. La pierre suitante me glaçait le sang malgré la chaleur qui émanait de la horde des fidèles. La descente a été beaucoup plus longue que ce que la hauteur pouvait laisser penser. Nous nous joignimes à la foule. Soucieux de m'intégrer à cette célébration, je m'efforçais de chanter la litanie comme les autres fidèles, mais mon larynx ne pouvait laisser échapper de tels sons. Pour ne pas attirer l'attention, je me mis à bouger les lèvres au moment opportun, me consacrant sur ma mission: observer.
    La cérémonie durait depuis des heures, des jours peut-être, quant l'angoisse commença à m'étreindre. Je cherchais des yeux mon ami. Il n'éprouvait pas mes difficultés à prendre part au choeur de la horde grouillante. J'entendais sa belle voix claire dans les chants et les contre-chants extrêmement complexes revenant à des intervalles incalculables qu'il maitrisait parfaitement. J'étais persuadé que nous avions vu tout ce qu'il y avait à voir et j'avais hâte de remonter à la surface puis de faire mon rapport aux chefs des Atrébates. Mon opinion avait changé: il ne s'agissait plus de surveiller un groupe potentiellement dangereux, mais d'exterminer cette horreur rampante. Nous ne pouvions pas nous permettre que subsiste ce genre d'abominations. Je fis signe à mon collègue, mais il ne réagit pas, complétement absorbé par le rituel. Je me suis approché pour lui faire part à l'oreille de mes observations mais il ne semblait pas avoir noté ma présence. Après plusieurs sollicitations infructueuses de ma part, je finis par le retourner viollement, malgré le risque de troubler la cérémonie en cours. Mon regard plongea dans le sien et je compris toute la signification de la religion des Germains. Ses yeux vides essayaient de happer mon âme. Et malgré le vide, son regard traduisait un courroux tellement intense que je pris peur. Je m'enfuis, bousculant les fidéles amassés. J'ai eu de la chance que le rituel absorbe toute leur volonté car aucun ne m'arrêta. Je suis enfin parvenu aux escaliers. Mais la bousculade que j'avais provoquée avait fini par brisé le charme et j'entendis la horde s'élancer derrière moi. J'atteignis une porte et m'élança dans un couloir. Heureusement pour moi les tunnels formaient un labyrinthe où il a été aussi facile de semer mes poursuivants que de me perdre.
    Je ne sais pas combien de temps j'ai erré dans l'obscurité. Je suis sorti à un endroit isolé que je ne connaissais pas. J'ai fini par retrouver mon chemin et rentrer chez les Atrébates. Mon rapport n'eu que peu d'effet sur ma tribu. Pendant mon absence, le calme relatif entre les miens et les Viromanduens avait été rompu. C'était la guerre, et nous avons été contraints de sceller une alliance avec nos vieux ennemis les Ambiens. Ce qui eut pour résultat de nous faire aussitôt attaquer par les Morins, ennemis des Ambiens. Nos contacts avec les Ménapes sont ténus. Notre situation est extrêmement précaire.
    Néanmoins, je n'ai pas à participer à la guerre et j'ai tout loisir de penser à mon ami perdu. Sa connaissance de la religion des Germains du sud n'était pas fortuite. J'ai appris par les membres du foyer Nervien qu'il avait déjà eu des contacts, bien avant mon arrivée avec ceux de la région de Séquana, où j'ai assisté à l'horreur du vide rampant. D'après leur dire, leurs prêtres avaient immédiatement reperé son potentiel. Il était déjà converti.
    J'aimerais retourner là-bas, mais je sais que je le verrais encore en train de tourner autour de son monolithe phallique, ce plein qui ne représente que le vide qui s'étend dans la tête de tous ceux qui s'en approche.
     
     
     
    Ce texte, transcription d'un rêve, est certainement du à un abus de Lovecraft, de Kubrick et de Lux Aeterna de Ligeti. Le guarana que j'ai absorbé pendant son écriture est peut être responsable de son aspect cahotique. Tout ça manque de liant.
    August 14

    Souviens toi l'été dernier

    Bon je fais un petit billet pour dire que je n'ai désespérement rien à dire. Sauf que j'ai la nausée.
    Mes dents spirituelles se déchaussent de n'avoir plus rien à croquer. Il y a trop longtemps que je n'ai pas senti sourdre dans ma bouche le sang d'une méprisable victime innocente. Il n'y a plus d'esprit tremblant à manipuler ou à détruire.
    De sybarite sadique, je suis devenu un simple ermite à qui la contemplation est refusée. J'ai violemment été renvoyé dans mon corps et j'avais oublié à quel point ce lieux était étroit et inconfortable. Sans doute un problème de conception. J'aurais du faire appel à d'autres architectes. Mais il est des investissements qui durent une vie entière et quels que soient mes efforts, je ne pourrais changer de demeure.
    Je cherche un moyen de m'enfuir de nouveau. Mes identités d'emprunts sont perdues et si je sais toujours qui je suis, plus personne ne me connait. Quant à mes corps de substitution, mes maisons de campagne en quelque sorte, ils me sont tous fermés et j'en ai perdu les clefs. Ou le geôlier qui a décidé de mettre fin à ma libération conditionnelle les a gardées pour lui.
    Quoi qu'il en soit le résultat est le même. J'erre.
    Même l'inspiration m'a fuie. Il faut dire que si je me plait à suggérer la désolation et la mort du monde, ce n'est que pour souligner leur beauté sous-jacente. Or, la beauté est un concept qui m'est de plus en plus étranger. La seule image qu'il m'est donnée de voir est celle du miroir, on a vu mieux comme beauté idéale. La muse me ramène immanquablement au pragmatisme à chaque tentative d'exode mental.
    Encore une fois mon âme agonise, mais je doute qu'il me reste encore assez de force et de volonté pour survivre à une nouvelle renaissance spirituelle. Pourtant la muse me pousse dans cette voie avec une force qui me semble ineluctable. Je doute qu'elle attende de moi que je tienne, même si elle semble le vouloir. Mais ses revirements incessants sont plus à l'image d'une chasse qu'autre chose.
    Toujours elle me montre une voie différente, me montrant que j'ai du talent pour tout, mais du génie en rien.
     
    Sur ce la bile est enfin dans ma bouche. Je vous laisse.